Impact sur la vie sociale

Les femmes souffrant de vaginisme ou de dyspareunies n’ont généralement pas de douleurs dans la vie quotidienne en dehors de la tentative de rapport sexuel. La douleur s’inscrit dans un cercle vicieux : peur d’avoir mal au moment du rapport, donc crispation, donc intériorisation de la douleur, qui finit par devenir bien réelle.

Dans le cas des vulvodynies, en revanche, les femmes peuvent souffrir de douleurs handicapantes dès qu’il y a « frottement », comme sur un vélo, par exemple, et parfois même de manière chronique.

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Il arrive donc qu’elles doivent renoncer à certaines activités : le tour de l’île de Ré en tandem alors qu’elles sont en vacances entre amis, par exemple…  Le plus compliqué restant encore de trouver un prétexte pour justifier sa décision.

Car quand on parle de l’impact du vaginisme et de l’ensemble des douleurs sexuelles sur la vie sociale, c’est bien de cela dont il s’agit, du regard des autres sur sa souffrance, de la honte, de la peur d’être jugée, incomprise, rejetée. Une crainte qui pousse souvent à garder son secret pour soi – et son compagnon si on est en couple – et qui confine les femmes dans un isolement qui les empêche parfois de trouver des solutions, d’aller vers des professionnels et de guérir.

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La sensation d’être différente…

Aussi intime qu’elle soit, une sexualité douloureuse peut venir gâcher les meilleurs moments entre amies. Qui ne s’est jamais retrouvé dans l’une de ces soirées, où, passé une certaine heure, l’une commence à raconter sa première fois et demande aux autres de livrer son expérience ? Que faire quand votre tour arrive et qu’un vaginisme vous empêche d’avoir une première fois à raconter, précisément parce que vous n’avez jamais pu être pénétrée ?

Certaines se débrouillent pour changer habilement de sujet de conversation, disparaître aux toilettes ou en cuisine au moment adéquat, d’autres mentent ouvertement pour ne pas perdre la face. La peur d’être regardée comme une femme inachevée, qui ne sait pas passer ce cap que tant d’autres ont passé avec plus ou moins de facilités, de s’entendre dire « que c’est dans la tête » empêchent de dire que l’on souffre. Pas facile d’évoquer une vie sexuelle associée à des douleurs et d’avouer que ce qui fait du bien à la majorité nous fait du mal à nous…

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Le repli sur soi

Les phases de découragement face à la situation peuvent parfois pousser les femmes à se replier sur elles-mêmes, refuser de prendre l’appel d’un ami ou d’un proche ou de sortir, préférant broyer du noir. Voir les autres évoluer quand elle a parfois l’impression de stagner peut également devenir très pesant. Il est compréhensible qu’une femme vaginique, qui ressent un désir d’enfant monter en elle et qui voit les

grossesses se multiplier dans son entourage, se sente accablée.

Surtout si à chaque fois, on lui fait comprendre qu’elle est la prochaine sur la liste et que l’on n’attend plus qu’elle… Pas la peine de s’infliger une souffrance supplémentaire, d’avoir à faire semblant. Mais il est parfois compliqué de mettre de la distance sans que celle-ci soit mal interprétée.

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Ne plus se sentir honteuse ou coupable

Aujourd’hui, dans notre société, être vierge passé un certain âge reste difficile à assumer surtout si cet état n’est pas lié à une conviction religieuse. Et cela restera ainsi tant que les femmes n’expliqueront pas autour d’elle que c’est une pathologie comme une autre, qu’elles n’ont pas à s’en vouloir. Il faut sortir du déni, ce n’est pas votre faute ! De la même façon qu’une jeune maman dit de plus en plus facilement qu’elle doit faire une rééducation chez une sage-femme pour retendre son périnée après un accouchement, les femmes vaginiques et qui souffrent de douleurs sexuelles devraient pouvoir se sentir autorisées à raconter, elles aussi, qu’elles ont recours à cette même sage-femme, mais pour détendre le périnée cette fois.

Certaines ont des douleurs si fortes au dos qu’elles ne peuvent plus marcher, et bien, finalement, pour les femmes qui souffrent de douleurs sexuelles, c’est la même chose avec leur vagin.

Dans le mal de dos, il y a, également, parfois, des ressorts psychologiques, mais nous ne réfléchirions pas à deux fois avant de dire que nous souffrons d’un lumbago, non ? Il faudrait pouvoir « normaliser » la situation, c’est en tout cas le but d’une association comme la nôtre.

Si c’est compliqué, c’est parce que la sexualité reste encore très largement un sujet tabou, un continent inexploré pour beaucoup. D’une certaine manière, vous êtes des pionnières ! Rares sont les femmes qui évoquent sans problème leur baisse de désir, leurs goûts, leurs dégoûts ou les pannes de leur compagnon. Exprimer un discours sur son corps est aussi très novateur.  Notre société parle beaucoup d’orgasme et de plaisir, mais encore assez peu de ce qui dysfonctionne. C’est cette tension entre ce que l’on observe autour de soi, dans les médias, à la télévision, au cinéma et les obstacles rencontrés dans sa propre vie sexuelle qui provoque désarroi et isolement.

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Oser en parler… mais à qui ?

Oser parler en dehors du cabinet d’un psychologue ou d’un professionnel, s’en libérer en le confiant à ses amies proches, celles en qui elles ont toute confiance, peut aider certaines femmes concernées à trouver un lâcher-prise. Et à se rendre compte que la sexualité n’est facile pour personne, que chacun fait face à des interrogations, des doutes, des angoisses et compose à sa manière.

Il y a très peu de chances, en fin de compte, que les gens qui vous aiment,  vous jugent. Au contraire, cela provoque souvent un cercle vertueux. En se confiant sur leurs problèmes, les femmes autorisent alors leurs amies à dire à leur tour ce qui ne va pas, dans leur vie sexuelle ou personnelle.

Mais il ne faut pas céder à une pression pour le regretter ensuite. Une telle confidence demande du courage, d’où l’intérêt de le dire à celles ou ceux en qui on a toute confiance et si on ressent le besoin.

Ecoutez-vous, « sentez le ».  Nul besoin, non plus, de le crier sur tous les toits et de devenir « la fille toujours vierge », une catastrophe pour l’ego et une case qui peut constituer un verrou supplémentaire.

L’entourage familial n’est pas non plus toujours une bonne idée surtout si c’est le foyer de tensions. Il y a des ressorts psychologiques en action dans le vaginisme. C’est votre intimité, votre sexualité, c’est important de compartimenter. Certaines femmes ressentiront peut-être le besoin de dire à certains proches ce qu’elles ont traversé… une fois guéries.

Enfin, il arrive que l’on ne veuille ou ne puisse partager son trouble avec personne. Des associations comme les clés de Venus sont là pour ça, pour entendre et orienter les femmes vers des professionnels formés pour les aider à comprendre l’origine de ces douleurs, les affronter et en guérir.

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