Douleurs et conjugalité

Les troubles sexuels ont de compliqué le fait que, non contents de rendre l’acte amoureux problématique, ils engendrent également de nombreux « dommages collatéraux ». En effet, les personnes souffrant de vaginisme, de vulvodynies ou d’autres troubles ont, dans leur majorité, noté que ces troubles se répercutaient dans plusieurs dimensions de leur vie quotidienne : changements possibles de la personnalité, tensions au niveau des liens amicaux, professionnels ou familiaux, soucis dans le couple.

En ce qui concerne l’impact des troubles sexuels sur la vie quotidienne et sociale de manière générale, nous renvoyons à l’article adéquat [texte en cours de rédaction].

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Le propos ici concernera le couple : quel impact le trouble a-t-il au sein du couple ? Quels sont les sentiments de la femme ? De l’homme ? Comment gérer les ressentis de chacun ? Comment les hommes peuvent-ils aider leur compagne ? Quel est leur rôle dans le processus de guérison ? Comment l’homme peut-il prendre sa place au sein de celui-ci ? Pourquoi certaines femmes refusent toute aide de leur conjoint, alors que d’autres se plaignent du manque de soutien de celui-ci ? Peut-on trouver un juste milieu ? De quelle manière ?

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Naissance de sentiments divers et variés…

Plus que le trouble lui-même, c’est la personnalité de chacun qui détermine la place que celui-ci va prendre dans la vie quotidienne du couple : leurs caractères, leurs besoins, leurs envies, leurs sentiments aussi. Dans certains couples, le trouble, lorsqu’il pointe le bout de son nez, est totalement nié : tout va bien, il n’y a pas de problème. D’autres fois, le trouble remet tout en question : les sentiments, l’histoire, l’avenir, les projets. Le couple vit autour d’un centre de gravité : le trouble. Entre ces deux cas de figure, il existe une palette de nuances, aussi nombreuses qu’il y a de couples.

Comment parvenir à dialoguer autour du problème sans qu’il ne devienne le noyau autour duquel tout est construit ? Comment relativiser sans pour autant s’enfermer dans une politique d’autruche ?

Toute la difficulté face à laquelle se retrouve un couple confronté aux troubles sexuels se trouve ici.

Autant le dire tout de suite, une fois de plus, il n’y a pas de solution miracle ! Le couple fonctionne par essais tombant parfois dans un extrême puis dans l’autre. Petit à petit, au fil de discussions, de déceptions, d’ajustements, d’incompréhensions, les amoureux finissent par trouver un terrain d’entente. Cependant, celui-ci ne s’en trouve pas figé une fois pour toutes : il évoluera au gré des sentiments, des projets, de nouvelles discussions.

L’impact du trouble sexuel dans un couple n’est pas négligeable : celui-ci amène son lot de questions, de doutes, d’interrogations, d’angoisses pour chacune des deux personnes. Voyons cela d’un peu plus près.

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La peur

La peur semble être l’un des sentiments centraux pour l’homme comme pour la femme : peur d’avoir mal pour la femme, peur de faire mal à celle qu’il aime pour l’homme ; peur d’être trompée pour la femme, peur de ses propres faiblesses pour l’homme (tentations extérieures, peur de ne pas être normal, peur de ne pas savoir s’y prendre…) ; peur enfin de ne jamais se débarrasser du problème, pour l’homme comme pour la femme.

« Même si je suis sûre de ses sentiments pour moi, je m’interroge sur l’avenir : si mon problème devait persister encore longtemps (…), comment réagirait-il ? Je ne peux le priver indéfiniment, la frustration finira par croître encore et encore au fil du temps… je préfère ne pas trop y penser pour le moment, car je n’ai pas encore tout tenté pour guérir et cela ne sert à rien de me miner inutilement, mais je porte en moi cette inquiétude. » Rosa, 25 ans.

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La frustration

La frustration est également partagée par le couple. La frustration physique d’une part (celle de vouloir faire « un » et de ne pas pouvoir, celle liée au manque, à l’envie, au désir inassouvi) ; et la frustration de ne pouvoir satisfaire l’autre, d’autre part. La frustration de ne pas contrôler son corps pour la femme, celle de ne pas parvenir à trouver « la bonne technique » pour l’homme.

Insistons ici sur le fait que la frustration est bel et bien un sentiment partagé par le couple. Dans cette société archisexualisée, il est de mauvais ton de ne pas pouvoir (ou vouloir) faire l’amour. La femme, régulièrement repliée sur sa honte et sa culpabilité, considère trop souvent sa propre frustration comme étant peu importante. Fréquemment, l’on retrouve sur Internet des témoignages tels que « mon copain est vraiment frustré, le pauvre », « je plains mon copain, c’est un miracle qu’il reste avec moi, malgré sa frustration »… Rappelons donc ici que l’acte amoureux est un acte partagé ; la frustration de ne pouvoir assouvir ses désirs est par conséquent présente de chaque côté.

Témoignages

« Enfin, le pire, c’est de penser qu’il a réussi à le faire avec toutes ses ex et que moi, je ne peux pas lui donner ce qu’elles ont pu lui donner… c’est une sorte de jalousie que j’ai envers elles ! » Julia, 20 ans.

« Frustration de l’homme, O.K. Mais je vous trouve bien soumises à vos hommes, mesdemoiselles, mesdames. La frustration, JE la vis au quotidien depuis d’innombrables années. Mon copain ne la subit « que » depuis quatre ans. (…) Je suis comme je suis, je ne l’ai pas choisi (…), j’aspire à être aimée pour ce que je suis, pas pour ce que je peux apporter sexuellement à mon homme. » Marlène, 29 ans.

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« Il est vrai que la frustration est difficile à gérer. Quand on se dit « faut que j’y arrive », et qu’au final on fait pire que mieux. On se sent coupable. » Raphaël 32 ans.

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« Je crois que, finalement, on s’imagine toutes que nos hommes sont frustrés à cause de nous. C’est le vaginisme et/ou la vestibulite qui nous font penser ça. Au fond, je pense que la plupart des hommes qui acceptent de vivre une belle histoire d’amour avec une fille ayant des troubles sexuels se fichent pas mal de leur frustration. Elle passe au second plan. Si on arrive à leur donner du plaisir autrement et qu’ils voient qu’on fait tout pour s’en sortir, y a pas de raison qu’ils soient frustrés. Finalement, dans tous les couples, il peut y avoir de la frustration. Il faut qu’on arrête de croire qu’on n’est pas normales, toutes les femmes ont des problèmes dans leur vie. » Elena, 28 ans.

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La colère

Régulièrement, la femme comme l’homme ressentent aussi de la colère. Colère contre son propre corps, pour l’un comme pour l’autre. Pourquoi suis-je comme ça ? Suis-je trop étroite ? Mon sexe est-il trop gros ? Pourquoi mon corps semble-t-il incompatible avec celui/celle que je désire ? Ils éprouvent également une colère plus générale, à l’encontre de tout : la vie, les médecins, les parents, les amis, le sexe, la société. Cette colère est liée à une certaine déception, désillusion : adolescent(e), s’imagine-t-on un jour dans l’impossibilité de faire l’amour avec celui/celle qu’on aime ?

Bien que légitime, cette colère ressentie contre son propre corps est bien souvent un frein vers le chemin de la guérison.

En effet, il faut se rappeler que si le corps refuse la pénétration, si le corps s’est refermé, c’est avant tout pour nous protéger. Ce corps a un jour senti un danger et s’est chargé de notre protection ; il est donc avant tout notre meilleur allié. Il nous semble important de renouer un lien non hostile avec notre propre corps : le remercier d’avoir veillé sur nous, le rassurer, le chouchouter… « Merci de m’avoir protégée, mais à présent, je me sens assez forte pour réagir, tu peux baisser les armes, je vais prendre soin de toi ! » semble être un bon début pour renouer des liens ! Il est important de rétablir une confiance mutuelle entre le corps et l’esprit : que chacun se sente à l’aise et en sécurité.

Pour en savoir plus, ce conte de Jacques Salomé.

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Sentiments de la femme, sentiments de l’homme

Au-delà de ces sentiments partagés, d’autres sont plus spécifiques à l’homme, ou à la femme.

LA FEMME

L’HOMME

La femme, qui entreprend souvent une thérapie (sexologie, psychologie…) se voit contrainte de partir à la découverte d’elle-même. Analyser sa personnalité, son histoire, ses blocages, ses proches, découvrir des secrets de famille qu’on aurait aimé ignorer, analyser sa vie sexuelle – quelle position facilite chez moi la pénétration ? Quels éléments favorisent chez moi la libido ? –, toutes ces choses qu’on aurait aimées logiques et naturelles. Ces thérapies engendrent souvent à un moment donné un sentiment de fatigue, de ras-le-bol, de colère (« pourquoi est-ce si problématique chez moi et si naturel chez les autres ? »). Cependant, elles sont généralement d’une grande richesse pour la personne qui consulte. Celle-ci apprend à mieux se comprendre, à mieux se connaître, tant au niveau personnel que professionnel ou sexuel. Toutes ces découvertes peuvent ensuite être mises au service d’une sexualité plus riche, plus intense entre les partenaires.

Un autre sentiment que l’on retrouve très souvent chez la femme est la culpabilité. Nous passons quasiment toutes par cette culpabilité envers notre compagnon. « Pourquoi reste-t-il avec moi ? Je ne lui apporte rien, il est frustré. En plus, je ne suis même pas capable d’avoir une libido digne de ce nom pour compenser ! Je ne suis bonne à rien. » Cette culpabilité, même si l’on parvient parfois à la raisonner, revient fréquemment hanter les femmes. Rappelons pourtant qu’au même titre que n’importe quelle maladie, on ne choisit pas d’avoir un trouble sexuel ! Il est donc tout aussi illogique de s’en vouloir de souffrir d’une vulvodynie que d’asthme, de migraines ou de maux de dos.

« Comme toutes les vaginiques, j’ai beaucoup culpabilisé pour mon copain, et puis à force qu’il me répète que c’était pas important, etc., j’ai fini par comprendre que ça ne servait à rien de culpabiliser pour son homme… C’est vrai, s’il n’était pas satisfait, il se serait barré depuis longtemps ! » Rachel, 24 ans.

Du côté de l’homme, un sentiment important est celui de la lassitude. Non seulement une certaine lassitude due à la présence du trouble, au fait de ne pas savoir combien de temps encore cela va durer, mais aussi et surtout la lassitude de devoir rassurer tout le temps sa compagne. Devoir répéter sans cesse que oui, il éprouve une certaine frustration, mais que ce n’est pas grave, qu’il ne compte pas aller voir ailleurs, que la situation va s’arranger ; lassitude de devoir y croire pour deux, parfois.

L’homme peut également penser que le problème vient de lui, et être obsédé par cette idée. Ceci est lié à divers autres sentiments comme la peur déjà évoquée, l’incompréhension, l’impression de mal faire, la sensation de ne pas être à la hauteur ou celle de ne pas être assez désirable.

Tout ceci revient fréquemment dans la bouche des compagnons de femmes souffrant de vaginisme ou de vulvodynie. Là encore, la communication est nécessaire au sein du couple afin de rassurer l’homme, de lui enlever une certaine pression ou culpabilité qu’il peut ressentir.

« Eh oui, même de ce côté-là, on vit un peu toutes la même chose, je crois : nos chéris, et c’est compréhensible, ont justement du mal parfois à comprendre ce problème. Le mien a longtemps cru que c’était dû à son physique, que je ne le désirais pas, qu’il fallait qu’il maigrisse… » Louise, 23 ans.

 

 

Gérer les émotions…

On le voit, dans un couple, l’homme comme la femme passent par de nombreux sentiments.

Pour que le couple avance sereinement, il faut pouvoir gérer ces sentiments, et notamment la frustration.

Alors, dans le couple, chacun doit-il s’occuper de ses propres émotions ou doit-on également se préoccuper de celles de l’autre ?

Est-ce à l’homme de gérer les découragements de sa femme ? Est-ce à la femme de gérer la frustration de son homme ?

À cette dernière question, certaines répondent de manière catégorique :

« Lui ne se bat pas tous les jours contre ma vestibulite ou mon vaginisme. Lui ne va pas chez le gynécologue, chez le dermatologue ou chez la kiné. Lui n’a pas de douleurs physiques. Lui n’a pas à faire des exercices et des massages quotidiens. J’ai des envies qui ne peuvent pas prendre forme, il a des envies qui ne peuvent pas prendre forme. Je suis frustrée. Il est frustré. Pourquoi serait-ce à moi de gérer sa frustration ? Certes, il est toujours agréable de passer de bons moments à deux et d’essayer de trouver des « palliatifs » en attendant l’éventuelle guérison. Cependant, je refuse catégoriquement de « gérer » la frustration de mon homme. J’ai déjà bien assez à faire avec la mienne, qui est, j’en suis sûre, bien plus lourde car bien plus ancienne et bien plus ancrée profondément. J’ai appris à vivre avec, à la maîtriser afin qu’elle ne me détruise pas. » Marlène, 29 ans.

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Communiquer

Une fois de plus, la communication semble primordiale. Expliquer à l’autre ses sentiments, ses interrogations, ses désirs, ses doutes, ses joies, ses découragements… Interroger l’autre sur ses propres émotions, ses réflexions, ses envies. Échanger au sujet du trouble et tout ce que celui-ci engendre nous paraît essentiel.

« Il ne faut pas perdre espoir, et expliquer à votre compagnon ce qui se passe dans l’instant présent. Ne pas hésiter à décrire vos souffrances (…). En effet, c’est difficile pour un homme de se rendre compte de la détresse de sa compagne si celle-ci fait tout pour la cacher. Il faut PARLER. (…)

Une fois que vous avez dit clairement votre souffrance, s’il vous aime, il ne peut pas « exiger » de vous que vous acceptiez la pénétration. À l’inverse, il ne faut pas vous vexer si vous le surprenez en train de se masturber, ni lui en faire le reproche. » Jean, 29 ans.

« Dans un couple, il faut essayer de comprendre les sentiments des deux, et même si le vaginisme et la vestibulite font barrage à la sexualité, il est (…) normal (dirais-je) de penser aussi à celui qu’on aime. Mettons-nous aussi à leur place. Que ferions-nous si notre homme avait un problème d’ordre sexuel ? Serions-nous prêtes à attendre dix ans avant qu’il s’en remette ? Comment réagirions-nous dans notre vie de tous les jours ? » Bérengère, 21 ans.

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D’autres conseils

Parfois, cependant, la communication est rompue ou difficile dans le couple. Dans ce cas (mais pas seulement…), il peut être intéressant d’avoir recours à un œil extérieur. Une thérapie, seule ou en couple, peut s’avérer très bénéfique pour chacun. L’homme comme la femme ont ainsi l’occasion d’exposer leur point de vue, leurs souffrances, leurs espoirs, leurs désirs. Loin des clichés des films hollywoodiens, ces thérapies sont généralement très riches, et le couple en sort fortifié : il suffit parfois de peu de choses, d’un déclic, pour rétablir le dialogue.

Outre la communication, pour avancer sereinement, il est également important de ne pas se couper de toute sexualité. Bien sûr, la pénétration ne fonctionne pas pour le moment, mais il y a bien d’autres choses à expérimenter ! Un des dangers pour le couple en proie aux troubles sexuels est que chacun se replie sur lui-même, oubliant toute sexualité – ce pan de la vie de couple qui crée tant de souffrance au sein de celui-ci. Pourtant, il est possible de mettre en place une sexualité plaisante sans pénétration, permettant au couple de s’épanouir et de ne pas se couper de ce monde riche mais complexe qu’est la sexualité. (Cf. le texte « Faire l’amour« )

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Quelle place pour l’homme dans le processus de guérison ?

Si la femme se sent souvent un peu perdue dans le processus de guérison (démarches, découragements, progrès, motivation retrouvée, etc.), c’est également le cas de l’homme. En effet, celui-ci éprouve bien souvent des difficultés à trouver sa place dans tout ce cheminement. Comment être présent sans être étouffant ? Comment aider sans blesser ? Comment s’intéresser sans que sa compagne ne ressente trop de pression ? Comment trouver le juste milieu entre encourager et presser, entre acceptation et déni ?

Cette difficulté de se placer pour l’homme réside peut-être notamment dans la difficulté qu’ont les femmes d’expliquer leurs attentes à leur compagnon, celles-ci évoluant bien souvent au gré des progrès ou découragements. En effet, en fonction du degré de motivation ou démotivation, des soucis extérieurs, des progrès réalisés ou non, les femmes ont plus ou moins le courage d’affronter le problème. Le combat contre le trouble n’est pas une bataille continue, de tous les instants. Il nécessite des moments de pause, des moments où l’on dit « stop » au processus pour pouvoir penser à d’autres choses qu’au trouble. Ces moments où l’on peut avoir l’impression de « stagner » sont pourtant régulièrement bénéfiques : ils permettent à la femme de se retrouver en tant que femme (et non en tant que « malade ») et de repartir du bon pied, avec motivation, vers la guérison.

L’homme doit réussir à se placer et à doser sa présence et ses encouragements au gré de l’évolution du processus de guérison. Ainsi, s’il manifeste son désir d’aider sa compagne au moment où celle-ci fait une pause dans le processus (volontairement ou non, consciemment ou non), la proposition peut être mal perçue. À l’inverse, si la femme est dans une étape de progrès, de motivation, une absence de réaction du compagnon peut également être blessante…

Notons également qu’il est fréquent que les hommes n’engagent pas spontanément la discussion autour du trouble ou des exercices et progrès de leur compagne. Cette attitude (que certaines femmes vivent mal) ne signifie pourtant pas nécessairement un manque d’intérêt de leur part.

En effet, certains hommes veulent ainsi préserver leur compagne, ne pas la brusquer, ne pas lui faire penser au trouble si, à ce moment-là, elle pensait à quelque chose d’agréable. Ils prennent alors le parti de se faire discrets, tout en restant ouverts à toute discussion que suggérerait leur compagne. Cette position peut être appréciée par certaines femmes, mais très mal vécue par d’autres. Encore une fois, dans ce dernier cas, il est important d’échanger et de communiquer.

« Le mien m’a toujours soutenue, c’est vrai, il est compréhensif, il ne me met jamais la pression… le problème, c’est que tout vient de moi. Faut que ça soit moi qui lui dise :  »on fait les exercices ensemble » ou  »on en parle ». Jamais ça ne viendrait de lui, et j’avoue que j’ai de plus en plus de mal à le supporter. Jamais il ne va venir m’en parler (…).  Du coup, j’ai l’impression qu’il ne s’implique pas, que ça ne l’intéresse pas, qu’au fond c’est à moi de régler le problème toute seule, sans aucune aide de sa part. Je me suis dit que c’est sûrement parce qu’il se sentait un peu largué. » Hélène, 20 ans.

« Ce n’est pas toujours évident pour les hommes de bien comprendre nos problèmes, surtout que le mental y a une part importante, et parfois ça les dépasse, et ils ne savent pas trop comment réagir. Le mien a parfois été maladroit dans ses paroles, et moi trop à fleur de peau, je me vexais vite. Parfois, il y a une grosse incompréhension mutuelle dans le couple : la femme pense que l’homme s’en fiche, et l’homme, un peu perdu, se demande ce qu’il peut vraiment faire pour aider. » Aurélie, 29 ans.

« J’ai peur de mal le faire [mal aider, mal soutenir sa compagne]. » Stéphane, 23 ans.

« (…) C’est vrai que le rôle du copain est très important pour s’en sortir, encore faut-il choisir le bon, ni trop pressant ni trop passif. » Sophie, 19 ans.

« Oui, bientôt trois mois que cela s’est « débloqué ». J’en ai énormément appris. Et j’en apprends encore. Courage à tous ceux qui connaissent en ce moment ce genre de difficulté. Oui, nous, les hommes, nous pouvons aider. » Stéphane, 23 ans.

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Conseils pratiques

On le voit, pour l’un comme pour l’autre, il n’est pas évident, d’une part de comprendre où il en est au niveau de ses émotions et de ses attentes, d’autre part de savoir comment se placer vis-à-vis de l’autre. Alors concrètement, comment les hommes peuvent-ils aider leur compagne ?

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COMMUNIQUER

D’abord, communiquer avec elle fréquemment peut éviter bien des maladresses. Les discussions permettent ainsi à la femme d’expliquer à son compagnon si elle se trouve plutôt dans une étape de progression/motivation, ou si elle est davantage dans un état de ras-le-bol/stagnation. En fonction de ceci, l’homme peut déjà ajuster ses interventions et éviter les phrases involontairement blessantes.

Certains éléments peuvent paraître évidents à l’un, mais demeurer un mystère pour l’autre. Il ne faut donc pas hésiter à poser des questions pour mieux comprendre et mieux se positionner.

Grâce aux explications de sa compagne, l’homme pourra ainsi mieux comprendre comment elle souffre, de quoi elle a envie/besoin ; la femme peut aussi, à cette occasion, rassurer son compagnon sur son désir envers lui, sur le fait que l’origine du problème ne vient pas de lui ou de la façon dont il s’y prend.

« Et je pense que l’homme a une part importante, en accordant sa confiance, en étant à l’écoute. Il est vrai que, parfois, il est difficile pour un homme de comprendre ce que sa femme ressent, je me souviens une fois, alors que nous faisions l’amour, je pensais que tout allait bien, mais elle m’a révélé avoir eu mal. Je m’en suis beaucoup voulu après ça. » Francis, 31 ans.

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S’INVESTIR DANS LES DÉMARCHES THÉRAPEUTIQUES

En plus de communiquer, l’homme peut s’investir dans les démarches thérapeutiques. Si sa compagne le souhaite (certaines femmes préfèrent effectuer seules ces démarches), pourquoi ne pas l’accompagner chez le gynécologue ? Quitte à rester dans les salles d’attente, la présence du compagnon peut rassurer et encourager les femmes en souffrance.

Il est également possible d’envisager des thérapies de couple : l’homme fera ainsi partie non seulement des démarches, mais également du chemin thérapeutique.

« Je suis allé avec elle chez le gynéco (…). En entrant dans le cabinet du gynéco, elle me serre la main, elle s’en rend pas compte, moi je vois comme elle angoisse, je lui caresse juste le dessus de la main question de lui dire « tout va bien, je suis à tes côtés ».
Questions du gynéco… Nous allons faire connaissance. Poids, taille… âge des premières règles… « Qu’est-ce qui vous amène chez moi ?… » Réponse de ma compagne : « Je n’ai pas vu de gynéco depuis un moment, et puis je n’arrive pas à faire l’amour. » Je m’aperçois comme ces derniers mots ont du mal à sortir de sa bouche, comme elle souffre en les disant (…). » Kévin, 27 ans.

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PRENDRE PART AUX EXERCICES

Enfin, il existe au niveau des exercices (Cf. le texte « Les exercices« ) bien des choses à faire à deux ! L’homme qui s’investit dans les exercices avec sa compagne (parfois, souvent ou toujours, selon les attentes de chacun) mesure sans doute mieux la nature du problème, les progrès et les pistes à exploiter vers la guérison. Là encore, il faut en discuter : certaines femmes préfèrent faire leurs exercices seules ; pour d’autres, la simple présence de l’homme (inactif) durant les exercices peut se révéler une aide. D’autres enfin jugent utile, agréable et important d’impliquer leur compagnon dans les séances d’exercices. Ainsi, si la femme fait des exercices de contraction/décontraction, l’homme peut poser un doigt à l’entrée du vagin (ou l’insérer légèrement en fonction des possibilités) : il sentira le fameux muscle qui se contracte involontairement lors des rapports. Il est assez spectaculaire d’observer ce muscle se soulever et se décontracter au rythme de la respiration de la femme !

L’homme peut également détendre sa compagne via des massages, des caresses, des bisous, pendant que celle-ci s’entraîne à la pénétration avec un doigt, un sex-toy, un dilatateur. Parfois, faire insérer par l’homme un sex-toy ou un dilatateur peut être une étape importante entre l’insertion de l’objet par la femme et le rapport sexuel. Il existe de nombreuses façons pour l’homme d’intervenir dans les séances d’exercices, selon ses envies et celles de sa compagne. Pour plus de précisions, voyez le texte « Exercices » qui évoque le rôle de l’homme dans les exercices de sa compagne. (Cf. le texte « Les exercices« )

‘Je pense qu’un truc pas mal à faire aussi, c’est de faire nos exercices devant nos copains, mais avec nos doigts. Ça peut peut-être permettre de dédiaboliser la chose, de se dire qu’on ne fait rien de mal, de le faire participer à nos efforts, et si ça fonctionne bien, qu’il prenne le relais avec ses doigts à lui, ou bien alterner… Ou encore que ce soient ses doigts, mais qu’on tienne ses mains (…)’ Coralie, 23 ans.

« Ma sexologue m’a dit que l’étape qui suit la réussite des exos avec les dilatateurs en solo serait de refaire les mêmes exos avec le partenaire : c’est lui qui introduit les dilatateurs progressivement (…) » Annick, 20 ans.

« Perso, mon copain a été coopératif dans le sens où il a bien accepté le problème, n’est pas parti en courant et n’a jamais insisté pour tenter quoi que ce soit si je ne voulais pas. Ça m’a rassurée et ça m’a permis de me lâcher. Après, pour les exercices, pour les dilatateurs, j’ai toujours fait seule, car je pense que je n’aurais pas pu supporter qu’il soit là à regarder ou, encore pire, qu’il manipule le dilatateur (…). J’ai fait quelques « exercices » avec lui, dans le sens où, parfois, pendant un câlin, je lui demandais si on pouvait faire un essai avec ses doigts. » Esther, 28 ans.

Le fait d’aider sa compagne dans les exercices est très important pour deux raisons. D’abord, cela peut donner une motivation, un encouragement. En effet, même si l’on guérit avant tout pour soi et non pour son homme, il est plaisant de voir que celui-ci s’investit, s’intéresse. Cela peut donner une autre dynamique aux exercices, enlever cet aspect répétitif, rébarbatif qu’ils peuvent contenir si la femme les fait seule.

Ensuite, par sa présence dans les exercices, l’homme peut (ré)introduire dans ces séances la notion de sexualité, de plaisir, de désir. Les exercices perdent peu à peu leur côté mécanique, presque médical. Cela permet ainsi un passage plus aisé entre l’étape des exercices avec dilatateurs/sex-toys et l’étape des essais-pénétration avec son conjoint. L’homme qui s’est investi dans les exercices fait ainsi déjà partie intégrante de ceux-ci ; il n’est pas un nouveau « corps étranger » à apprivoiser avant la pénétration.

De plus, l’homme représente le désir, le plaisir, l’excitation. Or, on sait l’impact que l’excitation a sur les organes génitaux : gonflement, élargissement, allongement. Les exercices seront plus aisés et donc plus efficaces si la femme est excitée, s’il y a une certaine notion de plaisir derrière, plutôt que si elle fait ses exercices mécaniquement, « parce qu’il faut bien les faire ».

Enfin, au cours de ces exercices à deux, en plus de se réapproprier son sexe, la femme peut également se familiariser avec celui de son compagnon. Elle se rendra ainsi compte que le sexe de l’homme est autrement plus agréable que ces objets en plastique… C’est pourquoi, même si le sexe de l’homme est parfois plus gros que les dilatateurs ou sex-toys avec lesquels s’entraînait la femme, celui-ci pourra la pénétrer, parfois avec plus de facilité qu’un petit dilatateur !

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Pour conclure

On le voit, quand le trouble s’invite au sein du couple, tout devient compliqué… Parfois malheureusement, les amants peinent à gérer ce trouble. Cependant, c’est aussi souvent l’occasion pour le couple de se fortifier, de s’enrichir considérablement. Ces démarches, ces discussions, ces moments de partage, ces moments de doute qui laissent ensuite place à la joie de constater des progrès…, tout ceci peut renforcer la complicité du couple et le souder d’autant plus.

Les amoureux qui ont vécu les nombreuses discussions, démarches, exercices pendant des mois, voire des années, ont vaincu ensemble le trouble. Cela leur donne une force considérable, un amour que rien ne peut ébranler. Ils sortent de cette aventure avec une meilleure compréhension d’eux-mêmes, un meilleur dialogue au sein du couple, une sexualité riche et variée. Pour cela, chacun doit parvenir à trouver sa place dans le cheminement vers la guérison. Nous espérons que les pistes avancées ci-dessus pourront vous aider à vous positionner de manière plus sereine.

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Texte relu et validé par une sexologue le 10 avril 2014.