Faire l’amour

Faire l’amour, quoi de plus banal ? Depuis toujours, hommes et femmes font l’amour. Depuis toujours donc, la sexualité fait partie intégrante du couple. Elle est aussi naturelle que le fait de se nourrir. Pourtant, aussi naturelle soit-elle, parfois, elle n’est ni simple ni évidente à vivre et même difficile à être envisagée.

Lorsqu’on parle de « faire l’amour », on désigne l’acte sexuel. La « première fois » est chez tous l’objet de fantasmes, de rumeurs, d’inquiétudes et de curiosité. Quelles que soient les différentes approches de cette première fois, la majorité des personnes s’accorde pour dire (explicitement ou non) que c’est la première pénétration qui définit cette « première fois ». Ceci étant lié en grande partie à la perte de l’hymen, membrane symbole de la virginité chez la femme.

La pénétration jouit donc depuis toujours d’une place de choix dans la sexualité. Même lorsqu’il ne s’agit pas de « reproduction », cette pénétration semble être le but ultime de tout acte sexuel, supplantant toute autre forme de sexualité.

 

 

Le terme « préliminaires » reflète d’ailleurs parfaitement cet état d’esprit : ces caresses, échanges et jeux délicieux ne seraient que des éléments « préalables » préparant « l’Acte » primordial, la pénétration.

Ne pourrait-on cependant pas voir la sexualité avec un regard plus large, d’une manière plus globale ? Le vaginisme et les vulvodynies impliquent une pénétration douloureuse ou impossible. Cela signifie-t-il pour autant le renoncement à toute autre forme de sexualité ? Nous ne le pensons pas.

Attention ! Il ne s’agit pas ici de faire l’éloge d’une sexualité sans pénétration ; au contraire, celle-ci reste un élément important de la sexualité, qui ne doit pas être ignoré. Nous ne souhaitons pas encourager la politique dite « de l’autruche », ni l’acceptation du vaginisme et des autres obstacles liés à la sexualité.

Nous souhaitons simplement montrer que, parallèlement au combat contre ces difficultés, une autre sexualité a tout à fait sa place au sein du couple.

Une sexualité parallèle ?

Par la force des choses, les couples souffrant de ces difficultés ont développé ce qu’ils appellent régulièrement « une sexualité parallèle » :

« Voilà, malgré mon mariage, rien, jamais, niveau pénétration j’avais peur et mon ex-mari n’ayant jamais été avec une vierge avait peur de me faire mal, ce qui fait que nous avions développé une sexualité “parallèle”. »Amélie, 23 ans

Le terme « parallèle » peut avoir une connotation négative dans le sens où, sans la pénétration, la sexualité pratiquée n’est pas « la bonne », elle ne serait que le substitut « fade » de la « vraie sexualité ». Bien sûr, l’absence de pénétration est ressentie la plupart du temps comme un manque, une frustration. On peut cependant se demander si la frustration provient bien de l’absence de pénétration, ou simplement du fait de ne pas pouvoir être maître de son corps et de ses envies. Peut-être un peu des deux…

Quoi qu’il en soit, la sexualité réalisable par le couple dont il est ici question pourrait sembler sans aucune saveur, un simple ersatz, en attendant la « vraie sexualité ». Pour éloigner ces sentiments de frustration, de colère, d’impuissance, ou simplement pour retrouver le bien-être et l’harmonie du couple, il est important de se tourner vers une sexualité autre, une sexualité où la découverte des corps, l’exploration des émotions et surtout la communication entre les partenaires sont primordiales.

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Certains n’hésitent d’ailleurs pas à mettre en avant les « avantages » liés à une sexualité à caractère problématique :

« C’est “l’avantage” du vaginisme ou d’une sexualité confrontée à des difficultés liées à la pénétration : on se rend compte de la fragilité, de la subtilité de la sexualité d’une part, et d’autre part on apprend à développer une autre sexualité beaucoup plus riche, plus valorisée que des couples où les préliminaires s’enchaînent en cinq minutes et où le coït représente le seul acte sexuel. » Léa, 20 ans.

« Même si tout le monde s’accorde à dire que la sexualité d’un couple est primordiale pour être durable, je veux que le mien arrive à passer cette épreuve qui nous endurcit, nous soude et nous ouvre les voies d’une sexualité autre qui est vraiment riche. Les caresses ne font pas tout comme tu dis, mais dans notre cas, il est primordial de conserver une sexualité, d’entretenir le désir et la libido pour tenir le choc, du coup notre sexualité s’est développée sur des préliminaires poussés et épanouissants. Certes, ils ne peuvent, du moins de mon côté, combler ce manque de l’acte poussé à son paroxysme qu’est la pénétration, mais je m’arme de patience et d’espoir pour une guérison. » Marie, 21 ans.

Faire l’amour, en long, en large… et en travers !

Il existe mille et une façons de faire l’amour, propres à chacun. Comme en attestent les témoignages ci-dessus, l’absence de pénétration est un bon « prétexte » pour s’intéresser à ces différentes jouissances, aux multiples manières de se faire plaisir, en dehors de la pénétration.

Il faut tout d’abord réfléchir sur cette expression, « faire l’amour ». Si l’on interrogeait un panel de personnes, toutes auraient une réponse différente à la question : « Qu’est-ce que faire l’amour ? » Ne pourrait-on pas considérer cela comme une rencontre toute particulière entre deux personnes ? En effet, la vie est faite de rencontres de tous types (amicales, amoureuses, professionnelles…) que nous entretenons tout au long de notre existence. Ne pourrait-on pas dire que faire l’amour, c’est un peu comme rencontrer une certaine personne plus particulièrement, plus intimement ?

En fonction de ces deux personnes, actrices de cette belle rencontre, et plus particulièrement en fonction de leur histoire, de leur sensibilité, de leurs envies, « faire l’amour » prendra un sens particulier qu’eux seuls lui donneront. C’est pourquoi il n’y a pas « une » sexualité, mais des milliers de sexualités.

On le voit, selon les sensibilités, les personnalités, les vécus, le terme « sexualité » recouvre différentes choses. Pour certains en effet, dîner aux chandelles avec la personne qu’on aime, c’est déjà faire l’amour. L’érotisme peut se placer n’importe où et dans le cas où la sexualité comporte un caractère problématique, il nous semble essentiel d’accorder à cet érotisme une place plus grande encore. Cela permet de continuer à rencontrer son partenaire de façon intime et d’atténuer les frustrations et les colères qui aboutissent souvent à un rejet total de toute forme de sexualité.

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Témoignages

« Ahhhh les préliminaires… ces moments où le désir monte… en flèche ou progressivement ; ces moments où les corps se mettent à parler à la place de l’esprit… tendrement ou “sauvagement” ; ces moments où le temps s’arrête et ne dure que le moment présent… plus ou moins longuement. Les préliminaires, c’est un peu comme en cuisine… tu fais mijoter, tu fais frémir, tu fais revenir, tu fais dorer, tu saisis à chaud… pour ensuite laisser cuire. »

« Alors moi, j’adore… qu’on me mordille l’oreille ! qu’on me déshabille lentement… »

« Les massages, c’est pas mal je trouve, avec de l’huile, 15 mn chacun son tour, celui qui est massé donne ses instructions à l’autre, comme ça chacun est à la disposition du plaisir de l’autre et ça détend bien ! Pendant les premières séances, on peut se dire qu’on exclut les zones génitales, après on les ajoute, puis en dernier la pénétration, comme ça on est tellement excitée et détendue que ça se passe mieux. Il y a certaines huiles essentielles comme l’ylang-ylang qui agissent directement sur les énergies sexuelles je crois, d’autres sur le stress, comme la lavande… »

« La fille qui prend d’un coup les commandes… j’adore ! Du genre moi sur elle et d’un coup elle, son regard brûlant me fixe, on se fixe et la petite tigresse change la donne en faisant basculer tout ça. J’adore donc quand elle a des accès “sauvage”, bestiale, un peu tigresse. »

« J’aime quand l’homme prend le temps de me regarder dans les moindres recoins de mon intimité, je me sens réhabilitée dans ma féminité comme ça ! »

« Je rêve qu’on me parle tout au long de la journée, qu’on me prépare mentalement à l’amour, qu’on me glisse des sous-entendus, des remarques plus ou moins subtiles, parfois explicites… pas tous les jours évidemment, mais de temps à autre, je rêve d’un homme qui prend la parole, qui verbalise le désir qu’il a pour moi, qui me fait partager ses pensées coquines… j’aime aussi qu’on me parle pendant une relation sexuelle, que l’homme me décrive ce qu’il va me faire, qu’il exprime son plaisir et ce, même dans des termes crus (du moment qu’on ne tombe pas dans le vulgaire ersatz de vieux porno, bien sûr). »

« Avec mon ex, on en avait beaucoup parlé avant, on était dans une relation assez intense niveau sexualité, on s’est informés, on est allés acheter ensemble un gode anal (plus petit) et un soir on a pris le temps, il est allé tout doucement, d’abord avec le vibro, puis caresses, etc., et ensuite c’est “rentré” tout seul, petit à petit, j’étais détendue, je me caressais en même temps, et tout d’un coup j’ai eu un plaisir énorme, je saurais pas comment décrire, lui a dit qu’il sentait que “tout se détendait”, bref, le pied ! »

« J’aime, comme beaucoup de mecs, “voir”… j’avais lu ou entendu, je sais plus, que niveau plaisir, il y avait une légère différence hommes/femmes sur les sensations privilégiées. Les femmes privilégieraient ainsi le bruit, alors que les hommes, la vue… tout ça pour dire que j’adore voir ma partenaire, son corps, son visage, ses yeux, ses expressions, voir son plaisir, voir ce que je vis, la situation, le contexte dans lequel je le fais, etc., etc. Voir tout ça accentue mon plaisir et peut m’amener vers un plaisir fort ; du coup, l’amour dans le noir, c’est exit, j’aime pas du tout… »

 

Quand la libido s’en mêle…

Tout ceci est bien beau, mais pour qu’une sexualité existe – qu’elle soit classique, parallèle, adaptée ; peu importe –, il faut bel et bien un certain désir sexuel ! Pourtant, cette libido – puisque c’est d’elle dont il s’agit – a parfois bien du mal à répondre présente… En effet, la honte, la culpabilité, le découragement en entravent l’épanouissement.

Or, quand la libido s’en va, tout devient (encore) plus compliqué. Les exercices semblent inutiles, les caresses difficiles à donner, la sexualité complexe, voire désagréable. Comment, dans ces conditions, avoir envie de guérir et posséder l’énergie de se battre ?

Il semble donc que, avant même de penser exercices, thérapies et autres, il faille penser libido ! En effet, sans celle-ci, rien ne sera possible : comment parvenir à faire l’amour si on n’en a pas envie ? Il est important de comprendre comment fonctionne cette libido chez chacun d’entre nous : qu’est-ce qui l’amoindrit ? Qu’est-ce qui la booste ? Comment faire pour la récupérer ?

Tout ceci en gardant bien à l’esprit qu’il est normal de ne pas avoir une libido perpétuellement au top, qu’on soit atteint d’un trouble sexuel ou non, qu’on soit une femme ou un homme. Nous renvoyons ici à l’article consacré à la libido pour de plus amples informations.

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Texte relu et validé par une sexologue le 10/04/2014.