Vaginisme et psychothérapie

Le vaginisme, phobie de la pénétration ?

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Le vaginisme est un trouble corporel d’ordre psychique.

On entend généralement que le vaginisme peut relever d’une phobie de la pénétration suffisamment vive pour que le corps ait le réflexe d’empêcher cette pénétration. Cependant, ceci n’est pas tout à fait exact : fréquemment, la pénétration corporelle peut aussi faire écho à un questionnement sur la féminité et/ou sur la maternité, à une image floue de cette zone du corps.

S’il ne s’agit pas toujours phobie de la pénétration, ce symptôme relève dans tous les cas d’une angoisse, c’est-à-dire d’une peur, sans que la femme qui en souffre sache toujours de quoi elle a peur.

C’est d’ailleurs ce qui différencie la « phobie » et « l’ angoisse ».

En effet, ce n’est pas forcément la pénétration physique en elle même qui est l’origine de cette angoisse : il peut s’agir de la pénétration psychique, c’est à dire de donner l’accès de soi-même à l’autre. Pour beaucoup de ces femmes, donner accès à son corps, et plus exactement à l’intérieur de son corps, renvoie à une angoisse forte d’intrusion de l’autre dont elles trouveront la cause dans leur histoire personnelle.



L’intérêt de la psychothérapie

Une démarche psychothérapeutique – associée ou non à des exercices physiques de détente du vagin – peut constituer une aide importante pour guérir du vaginisme. En effet, celui-ci n’est souvent que le symptôme d’un mal-être plus profond, souvent inconscient, que le suivi par un professionnel peut permettre de comprendre et de surpasser.

Quel que soit le professionnel consulté – psychologue, psychiatre, psychanalyste –, le fond de la démarche est le même : il s’agit de découvrir et de formuler verbalement ce qui a pu mener à cette réaction qu’est le vaginisme, la mise en mots étant le moyen principal pour surmonter le blocage originel.

Il faut tout d’abord infirmer cette idée fréquemment répandue : une femme vaginique n’a pas forcément subi d’agression sexuelle. Si un tel événement peut être un facteur d’explication – et l’aide psychologique peut permettre soit de mettre à jour un souvenir refoulé, soit de dépasser ce traumatisme –, il ne concerne dans les faits qu’une minorité des femmes souffrant de ce trouble de la sexualité. Ce traumatisme ne saurait être le seul cas justifiant la consultation d’un psychologue ou d’un psychiatre : chaque femme doit pouvoir accéder à une sexualité satisfaisante, et chaque facteur, chaque blocage mérite autant d’attention qu’un autre.

Que l’on consulte un psychiatre, un psychologue ou un psychanalyste (voir la distinction entre les trois ci-dessous), la thérapie est fondamentalement une thérapie de la parole, et bien des personnes ayant consulté l’un ou l’autre de ces spécialistes se rejoignent dans leurs expériences, même si la démarche présente des différences. A chacun, donc, de trouver le thérapeute et la méthode qui lui conviennent. Le plus important est de se trouver « bien » avec le professionnel consulté : il n’est pas rare d’en essayer plusieurs avant d’entamer une thérapie satisfaisante.

L’intérêt d’un suivi psychologique, dans le cas d’un vaginisme, est de reconsidérer ce dernier en tant que symptôme, et de travailler sur les maux qui en sont la cause, et non sur ce symptôme en lui-même (les exercices physiques, quant à eux, sont un travail sur le symptôme : ils n’en sont pas moins utiles).

Les premières séances peuvent être éprouvantes : beaucoup de femmes consultant pour un problème de vaginisme sont déstabilisées par le fait que le sujet sexuel n’est pas forcément abordé immédiatement et/ou que la démarche de psychothérapie leur fait mettre à jour des troubles, ou des causes à ces troubles, dont elles n’avaient pas conscience auparavant. L’image du couple, de l’homme, de la femme, est souvent en cause, telle qu’elle s’est formée depuis l’enfance. L’héritage familial est un élément souvent déterminant, ayant quelques fois légué un tabou sur la sexualité, ou une image négative de la sexualité, et plus largement des relations hommes-femmes. Le manque de confiance en soi, d’estime de soi, ressenti par beaucoup de femmes vaginiques, peut trouver dans cette démarche des éléments d’explication, et surtout être surmonté. Certaines blessures de l’affectivité s’expriment et sont ainsi dépassées. L’intérêt est d’identifier un problème, d’en parler suffisamment à un thérapeute pour qu’il soit traversé, que le corps en soit libéré, et qu’il perde son statut de problème.

Il n’y a pas de « durée type » d’une psychothérapie ou d’une psychanalyse. Dans tous les cas, il ne faut pas en attendre de solution miracle rapide ni de réponse toute faite. Le thérapeute est là pour aider le patient à formuler lui-même questions et réponses ; certains interviennent plus que d’autres lors des séances, en orientant la réflexion par des questions ou des éléments d’analyse, d’autres sont très silencieux, laissant au patient le soin de cheminer par lui-même grâce à l’écoute reçue. Là encore, il n’y a pas de règle, les besoins de chaque patient sont toujours spécifiques – d’où le fait qu’il n’est pas rare de devoir changer de psy avant de « trouver le bon ». Celui qui a pu aider votre amie ne vous aidera pas forcément ! Il faut à la fois être soi-même volontaire dans la démarche et trouver le bon interlocuteur.

Le travail sur soi par le biais de la psychologie ou de la psychanalyse peut éveiller des craintes – crainte de découvrir des souvenirs terribles, crainte d’affronter des sentiments refoulés… Cependant, si on a conscience que le vaginisme n’est qu’un problème renvoyant à d’autres difficultés plus enfouies, ou moins directement prégnantes sur le quotidien mais tout aussi pesantes, le jeu en vaut la chandelle. La thérapie aidera en effet à se débarrasser du vaginisme, mais sans doute aussi d’autres dysfonctionnements psychologiques.

 

Mise au point sur les différents « psy »

Un psychiatre est un médecin spécialisé en psychiatrie. Il a donc suivi des études de médecine jusqu’à leur terme, et est notamment habilité à délivrer des médicaments (mais il ne le fait pas nécessairement !). Les consultations chez un psychiatre sont prises en charge par la Sécurité sociale (au moins partiellement, les psychiatres pratiquant souvent des dépassements d’honoraires).

Un psychologue a suivi des études de psychologie, jusqu’à l’ancien DESS ou actuel master II. Seuls les détenteurs de ces diplômes peuvent porter le titre de psychologue. En revanche, un psychologue n’est pas médecin – et, conséquence non négligeable, le consulter n’est pas pris en charge par la Sécurité sociale. Cependant, il existe dans la plupart des villes des CMP (Centres médico-psychologiques) qui permettent de consulter gratuitement. Un sexologue est parfois un psychologue spécialisé en sexologie. Il n’est cependant pas nécessaire que le professionnel consulté soit spécialisé dans les questions sexuelles, le but de la démarche étant justement de replacer le vaginisme dans un contexte personnel plus large.

Un psychanalyste peut être psychiatre, psychologue ou ni l’un ni l’autre. Il a lui-même effectué une psychanalyse et propose à ses patients une « analyse » du même type, c’est-à-dire un travail sur l’inconscient, selon des méthodes différentes en fonction de l’école à laquelle il appartient lui-même (freudienne, lacanienne, jungienne).

Pendant longtemps, l’utilisation du terme « psychothérapeute » n’était pas réglementée et pouvait recouvrir bien des réalités plus ou moins sérieuses en dehors des trois titres indiqués ci-dessus. Cependant, depuis peu, ne peuvent se déclarer psychothérapeutes que les psychologues, les psychiatres et les gens qui ont suivi une formation qu’ils ont fait reconnaître auprès de l’état.

Texte relu et validé par une psychologue le 31 mars 2014.